jardins partagés


Jardins des Soupirs by Pierre-Emmanuel Weck
septembre 2, 2006, 8:58
Filed under: • Jardins | Étiquettes:

Tout petit jardin caché dans l’impasse du même nom, le jardins des Soupirs nous protège du monde pour mieux en faire partie.

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Quand j’arrive dans le jardin des soupirs, deux enfants jouent et une femme ramasse avec un râteau les feuilles tombées dans l’herbe.

Je m’approche d’elle, elle entame spontanément la conversation m’accueillant avec plaisir dans son petit paradis.

Le jardin existe officiellement depuis un peu plus d’un an mais son histoire avait commencé bien avant. Un projet de parking sur la parcelle voisine avait mobilisé les riverains. Porte-à-porte, pétitions et réunions ont permis de se connaître et ont préparé le terrain pour le jardin. Le terrain vague abandonnées par la mairie a été défriché, nettoyé et aménagé. L’association du passage des soupirs a donné une clé à la mairie afin de montrer qu’il ne s’agissait pas d’un squatt mais d’une initiative tenant à pallier les manques de la municipalité. Une convention “main verte” a été signé par la suite pour assurer un avenir au jardin.

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Il y a aujourd’hui une centaine d’adhérents dont une trentaine d’actifs. Les jardiniers habitent tous dans les rues proches sauf un vieux monsieur qui tenait absolument à en être et qui vient tous les jours. Le sentiment du manque d’espace vert dans la ville se fait malgré tout encore sentir, il faudrait d’autres jardins de cette sorte mais malgré les appartements trop petits avec les enfants, ces jardins retiennent les habitants dans la capitale.

Le jardins est un espace familier mais ouvert aux rencontres et surprises. Comme pour d’autres jardins partagés, des fêtes, des repas de quartier, des contes, des expositions ont lieux y sont organisés aux beaux jours.

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Dès le début les grandes lignes de la philosophie du jardin ont été mises en place, pas de parcelle individuelle parce qu’elles auraient été trop petites, le thème des senteurs donc pas de légume (sauf des tomates pour l’odeur et des citrouilles pour la décoration).

Au début, la circulation des informations se faisait par mail à un tel point que certain avaient l’impression de ne plus se voir, sans compter ceux qui n’avaient pas internet… Il a fallu mettre un frein à tout ça, depuis, chacun sait que c’est le samedi matin qu’il faut venir et discuter. Un jardin ça se vit.

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Elle me parle de l’organisation des gens autour du jardin, des discussions, de la manière dont il faut procéder pour entendre chacun, éviter les excès mais laissez chacun s’approprier le lieux, le fait qu’il n’y a eu qu’une fois ou il a fallu dire non à quelqu’un…

On a le sentiment que ce jardin doit rester un lieux un peu hors du temps, de la technologie de tout ce qui nous éloigne les uns des autres, il ne doit servir qu’à être ensemble. Un endroit où les enjeux du reste de la société n’auraient pas leur place. Pendant que nous parlons plusieurs personnes passeront apportant des fournitures scolaires à distribuer, des nouvelles de chacun, des bonbons.

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Les enfants des écoles viennent mais pas assez au goût de notre guide. L’école justement est l’inverse de ce qui se fait ici, on n’y apprend pas cette vie ensemble, on doit apprendre par nous même ces relations d’échanges c’est pourquoi beaucoup de gens qui sont dans ces jardins ont une pensée politique de leur activité de jardinage. Faire pousser des plantes sachant qu’elle ne produiront rien, qu’il faudra tout recommencer la saison d’après soi-même ou une autre personne…

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Dans un square de la place Gambetta l’ambiance est tout autre. Pleins à craquer d’enfants aux habits propres et repassés, de parents cultivés… Les hommes parlent ensemble, debout, non pas des vacances mais des bons plans de leurs vacances, ils ne racontent pas leur travail mais tissent des relations d’affaires possibles les uns avec les autres… Les femmes sont plus attentives aux enfants mais sont aussi les garantes des signes extérieurs du statuts sociale (maintient de la propreté dans le bac à sable, code de comportement avec les autres enfants, réalimentation des enfants à base de produits préfabriqués et conditionnés de marques…). On a l’impression que l’on ne pourrait pas engager la conversation sans déjà se connaître, par l’école, le travail, un code vestimentaire particulier ou autre qui de toute façon nous échappe. C’est un endroit où l’on ne se rencontre pas on s’y reconnaît.

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La présentation du jardin est terminée, on ressent de la sympathie. D’autres sujets de conversations pourraient venir assez facilement, on pourrait devenir ami. Mais le travail de préparation du muret en pierre qu’une sculpteur est venue réalisé occupe les esprits. Je reste là à les regarder. Il n’y a pas de gène, juste le temps qui s’écoule différemment. Il faudrait que j’aide à porter les pierres, que je donne mon avis, mais ce n’est pas mon jardin, je sais que je ne reviendrai pas assez souvent parce que j’habite loin, pourtant j’y ai ma place, naturellement.


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